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Bourges, Capitale européenne de la culture 2028 !

, par Samuel Touron

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La Cathédrale Sainte-Etienne de Bourges, monument emblématique de la ville. ©Grouch4, Wikimedia Commons
C’est la ville de Bourges qui sera capitale européenne de la culture 2028 au côté de Ceske Budejovice (Tchéquie) et de Skopje (Macédoine du Nord). Le « petit poucet » de la compétition l’a emporté à la surprise générale face aux trois autres finalistes : Montpellier, Rouen et Clermont-Ferrand, la candidature de la capitale du Berry baptisée « Territoire d’avenir » et mêlant culture, inclusion et écologie a séduit la Commission européenne.
C’est l’aboutissement d’un long processus de sélection commencé en 2022 et dans lequel s’étaient lancées 9 villes françaises au côté d’autres villes tchèques et nord-macédoniennes. Amiens, Bastia, Reims, Nice et Saint-Denis n’avaient pas été retenues à la suite d’une première sélection, qui s’était déroulée en mars 2023. Les critères de sélections établis par les institutions européennes étaient précis et demandaient un investissement important des collectivités locales et territoriales engagées, ainsi que des acteurs économiques et sociaux des territoires concernés : contribution du projet de Capitale européenne de la culture au développement à long terme de la ville, contenu culturel et artistique, dimension européenne, capacité des candidats à tenir leurs engagements, implication de la population locale et de la société civile dans la définition et la préparation du projet, sans oublier un budget respecté et un plan de gestion clair. Sur la base de l’ensemble de ces critères et de leur cohérence générale, les 12 membres du jury -dont deux français- ont donc retenu, jeudi 13 décembre dans la soirée, .

Un concours lancé en 1985 à l’initiative de la France et de la Grèce

L’idée des Capitales européennes de la culture pour désigner des villes européennes mettant en œuvre des politiques culturelles remarquables et innovantes a été lancée par Jack Lang, Ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, et par Mélina Mercouri, son homologue grecque, en 1985. Athènes, symboliquement, fut d’ailleurs la première ville nommée Capitale européenne de la culture suivie de Florence, Amsterdam, Berlin et Paris, première ville française à obtenir le titre en 1989. Suivront Avignon (2000), Lille (2004) et Marseille – Provence (2013). Bourges est donc la cinquième ville française à être élue et la première à être aussi éloignée des frontières européennes de l’hexagone, ce qui la distinguait de toutes les autres villes finalistes à l’exception de Clermont-Ferrand. Être désigné Capitale européenne de la culture est un accélérateur de développement culturel et économique pour les villes désignées. A Lille, le développement de la métropole et le renouveau culturel de la capitale des Flandres après des décennies de désindustrialisation dans le Nord a été largement rendu possible par le titre de Capitale européenne de la culture. Le constat est similaire à Marseille avec le réaménagement du Vieux-Port et la construction du MUCEM, Musée de l’Europe et des civilisations méditerranéennes qui est venu marquer la renaissance du rayonnement culturel de la cité phocéenne au début des années 2010. Métropoles d’équilibres, Lille et Marseille ont tiré profit de leur titre de Capitale européenne de la culture comme catalyseur de leur développement. Les candidatures de Rouen, Montpellier et Clermont-Ferrand s’inscrivaient dans une configuration similaire : celles de métropoles appuyant leur stratégie de développement sur la culture. Une stratégie de construction d’un soft power métropolitain en somme.

© Région Centre-Val-de-Loire

S’il ne fait nul doute que Bourges tirera évidemment un grand profit de son titre de Capitale européenne de la culture, sa candidature s’inscrit dans une logique différente. Peuplée de 64 362 habitants, la capitale du Berry n’est que la 84ème ville la plus peuplée de France derrière Valence et devant Quimper, et son agglomération n’est pas bien grande non plus, seulement 85 412 habitants, au 74ème rang national. Résultat, elle fait partie des villes les plus petites en Europe à avoir été désignées Capitales européennes de la culture. Mais cette conséquence n’est pas le fruit du hasard. Depuis la pandémie de la Covid-19, la Commission européenne désigne de manière beaucoup plus systématique des villes de taille moyenne. Parmi les capitales européennes de la culture à venir entre 2024 et 2028, 10 des 13 villes désignées comptent moins de 100 000 habitants et une seule est capitale d’Etat : Skopje, pour la Macédoine-du-Nord. Auparavant, les capitales d’Etat (particulièrement entre 2000 et 2010) et les métropoles européennes avaient un avantage certain sur leurs homologues plus petites. Avec la désignation de Bourges, le constat qui est fait depuis 2020 se confirme. Les institutions européennes ont désormais un faible pour les candidatures de villes moyennes voir petites – Nova Gorica (Slovénie) et Gorizia (Italie) désignées Capitales européennes de la culture pour 2025 comptent à elles deux, moins de 40 000 habitants – ce qui traduit un changement de stratégie dans la désignation des villes candidates. Une analyse corroborée par le maire de Bourges, M. Yann Galut qui a déclaré suite à l’annonce des résultats : « Nous avons essayé de proposer une autre vision et un autre moyen de vivre cette Capitale européenne de la Culture ». Un pari gagnant.

Inclusive, écologique et peu onéreuse, un combo gagnant pour une candidature sélectionnée ?

L’objectif du titre de Capitale européenne de la culture 2028 est de promouvoir la diversité des cultures en Europe et de placer la culture au cœur du développement d’une ville sur le long terme. Or, c’est précisément une candidature axée sur le développement durable, l’écologie et l’inclusivité qui l’a emporté, des politiques et des valeurs au cœur de l’action des institutions européennes depuis 2021, notamment avec l’adoption du Pacte Vert. Bourges, Préfecture du Cher et ville moyenne a su parfaitement capitaliser sur cette image de centre local de pouvoir et d’équilibre engagé dans les transitions promues par la Commission européenne pour l’emporter. C’est l’image d’une ville moyenne aux grandes ambitions culturelles et avec une candidature qui s’axe sur la sobriété budgétaire et climatique qui l’a emporté, faisant en ce sens écho aux politiques européennes. Le projet « Territoire d’avenir » pour Bourges 2028 vise à faire de la ville et de ses environs, un laboratoire des territoires alliant culture, écologie et inclusion avec un axe important sur les mobilités vertes, essentielles à la transition écologique des territoires. Au programme par exemple, la mise en place de “trains de nuit culturels” qui voyageront dans toute l’Europe avec des lignes reliant la France et ses pays voisins à d’autres Capitales européennes de la Culture. Bourges 2028, plutôt que de prévoir de grands investissements pour la construction de bâtiments et lieux culturels, mise plutôt sur la rénovation et la mise aux normes énergétiques et écologiques des bâtiments et espaces culturels déjà existants. Ainsi, dans l’Hôtel-Dieu, ancien hôpital du centre-ville, sera inaugurée une Cité européenne des artistes et autrices et auteurs (CE2A) qui soutiendra la création et la diffusion paneuropéennes de la production artistique. Cette cité proposera notamment des services supports dans les domaines juridiques de la propriété intellectuelle, des droits intellectuels et droits d’auteurs, mais aussi un service de traduction dans toutes les langues officielles de l’Union européenne ainsi qu’un service dédié à la mobilité internationale et d’autres supports concernant les droits sociaux (congés parentaux, retraites, logements) pour les citoyens européens. Aussi, Bourges ambitionne de créer une Internationale des Fleuves avec le classement à l’UNESCO de la Loire et militera pour une meilleure prise en compte de la biodiversité et des être vivants qui entourent le fleuve et les nombreuses zones humides du Centre-Val-de-Loire. Afin de construire ce projet « Territoires d’avenir », Bourges ambitionne de travailler autour d’un réseau de 15 villes voisines de la sienne pour étudier les problématiques communes en lien notamment avec la transition écologique et les réponses que la culture peut apporter. La candidature berruyère s’est axée autour des forces de son territoire et de ses transitions tout en puisant son inspiration et son énergie dans la force du réseau et des mobilités européennes. Au total, une candidature complète qui a su cocher toutes les cases du processus d’évaluation et séduire le jury.

Des capitales européennes de la culture 2028

Candidater au prestigieux titre de Capitale européenne de la Culture a permis aux villes candidates et aux quatre finalistes d’activer des politiques locales au service du développement de la culture. C’est ainsi une dynamique qui s’est enclenchée et qui doit se poursuivre pour que les investissements consentis par les collectivités locales puissent conduire à mettre la culture au cœur des politiques de développement local et du mode de vie européen, cher à la Commission européenne. En plus de Bourges, la ville tchèque de Ceske Budejovice et la capitale nord-macédonienne : Skopje seront également Capitales européennes de la culture. La capitale du sud de la Bohème a pour sa part axé sa candidature sur la tradition culturelle de la ville autour des valeurs du vivre-ensemble, de la liberté et en particulier de la liberté d’expression. Tout un symbole dans une Europe centrale largement touchée par la montée de l’illibéralisme. C’est la troisième fois qu’une ville tchèque est sélectionnée pour être capitale européenne de la Culture après Prague en 2000 et Plzen en 2015.

Ce sera cependant une grande première pour la Macédoine du Nord avec la nomination de Skopje. En concurrence avec la ville monténégrine de Budva, Skopje l’a emporté avec une candidature axée sur « la culture comme moyen de dépasser les divisions » et sur la jeunesse de sa capitale. Entre les influences orientales et occidentales, Skopje s’est en effet largement réinventée au début des années 2010 avec la construction de gigantesques bâtiments de style néo-classique accueillant notamment les toutes jeunes institutions de la petite république balkanique, bâtiments qui font face à la rive historique de la ville où se trouve le plus grand bazar d’Europe et le second au monde après celui d’Istanbul. C’est aussi un signal très positif pour l’intégration de la Macédoine du Nord dans l’Union européenne, le pays a en effet consenti d’importants efforts en changeant son nom pour satisfaire la Grèce et en reconnaissant la minorité bulgare dans sa constitution. La Bulgarie a ainsi levé son blocage quant aux négociations d’adhésion de la Macédoine du Nord en fin d’année 2022. Au côté de l’Albanie, le pays est aujourd’hui parmi les candidats les plus crédibles à une entrée prochaine dans l’Union européenne. Le titre de Capitale européenne de la culture est ainsi bien plus qu’un simple titre c’est aussi et surtout un signal positif envoyé par les institutions européennes pour encourager le développement durable et harmonieux des territoires et les évolutions politiques louables, un véritable outil de soft-power à l’intérieur des frontières européennes et pour le monde. Une réussite de l’Union européenne pour qui la culture, chasse gardée des Etats membres, reste une compétence d’appui à la marge malheureusement du cœur de son action politique.

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