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Demande d’une pause humanitaire à Gaza : point d’entente pour 26 des 27

, par Marie Long

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Discussion entre le chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz et Josep Borrell Table ronde du 22 janvier 2024 lors du conseil des affaires étrangères du conseil de l’Union européenne. A gauche, Israël Katz, ministre israélien des affaires étrangères, à droite, Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne. © Council of European Union
Alors que les inquiétudes concernant la situation humanitaire dans la bande Gaza grandissent, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a annoncé une offensive d’ampleur contre la ville de Rafah, à la frontière avec l’Egypte. Face à cette situation catastrophique, l’Union européenne peine toujours à adopter une position unanime.

Face à la dégradation de la situation humanitaire à Gaza, l’Europe parle (presque) d’une seule voix

L’annonce de cette offensive dans le sud de la bande de Gaza a suscité de vives inquiétudes en Europe et dans le monde. Ce lundi 19 février, 26 des 27 Etats membres se sont accordés sur la demande d’une pause humanitaire à Gaza et se sont opposés au lancement d’une nouvelle offensive sur la ville de Rafah, seule la Hongrie a refusé de s’allier à ces déclarations. L’Espagne et l’Irlande, qui se sont montrés très critiques des agissements du gouvernement israélien en matière de droits humains, ont fait appel à la Commission pour s’assurer qu’Israël respecte bien le droit humanitaire. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et son homologue irlandais Leo Varadkar se prévalent de l’accord d’association qui existe entre l’Union européenne et l’Etat hébreu depuis plus de 20 ans pour justifier une telle demande à la Commission. En effet, cet accord constitue la pierre angulaire des relations entre l’Union et Israël, il stipule une obligation de respect des droits de l’Homme. Le non-respect de cette obligation pourrait bouleverser cette relation bilatérale, la réponse de la Commission en est donc d’autant plus attendue.

Les deux Etats rappellent dans leur lettre qu’ils ne remettent pas en question le “droit à se défendre” d’Israël, droit consacré par le Droit international et mis en avant par le gouvernement israélien comme la principale justification de ses attaques. Cependant, ils affirment que la catastrophe humanitaire qui a actuellement lieu dans la bande de Gaza traduit un possible non-respect par l’Etat hébreux de ses obligations en matière de Droit humanitaire.

Bien que les 27 ne s’entendent pas sur la solution à adopter pour sortir du conflit, ils semblent trouver un point d’entente sur la nécessité de protéger les populations civiles et d’endiguer la catastrophe humanitaire en cours. L’Allemagne, qui a fermement défendu le droit à se défendre d’Israël et qui, au lendemain des attaques d’octobre, a rejeté les appels à un cessez-le-feu immédiat, a condamné cette nouvelle offensive israélienne. La Ministre des affaires étrangères Annalena Baerbock s’est exprimée sur X rappelant qu’une telle offensive à Rafah serait une “catastrophe humanitaire”. Comme l’a rappelé la Ministre allemande, 1,3 millions de civils palestiniens sont confinés dans la ville de Rafah en proie aux bombardements israéliens.

Négociations à Bruxelles : une rencontre peu fructueuse

Quelques semaines avant l’annonce de cette nouvelle offensive israélienne dans la bande de Gaza, les chefs de la diplomatie israélienne et palestinienne rencontraient, séparément, les 27 afin de discuter d’une solution de sortie de crise. Les médiateurs régionaux du conflit, Arabie Saoudite, Egypte et Jordanie, étaient également présents lors de cette entrevue. A ce stade du conflit, cette rencontre ne laissait présager que peu d’espoir sur l’issue des négociations. En décidant d’aborder des sujets tout autre que le la recherche d’un plan de paix, l’attitude du ministre israélien des affaires étrangères a confirmé ce présage . Il a fait part aux 27 de ses projets “d’îles artificielles au large de Gaza” et de “liaisons ferroviaires avec l’Inde” selon les dires du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui n’a pas caché sa déception face à ces déclarations qu’il considère hors sujet. Le chef de la diplomatie européenne a donné les trois priorités qui sont, selon-lui, indispensables à la sortie du conflit : Éviter la régionalisation du conflit au Liban, atténuer la situation catastrophique de la bande de Gaza et ouvrir la voie à un règlement pacifique des différends. Outre l’Union européenne, il semble que la communauté internationale ait bien peu de poids sur les négociations et l’élaboration d’un processus de sortie de conflit. La résolution adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre, bien que non-contraignante, témoignait de la demande de nombreux États d’un cessez-le-feu humanitaire à Gaza. Cette résolution a déjà fait face à trois vétos des Etats-Unis lors de son vote au Conseil de Sécurité, elle n’a donc pas pu bénéficier d’un caractère obligatoire, la rendant désuète face au gouvernement israélien qui se préoccupe peu du caractère symbolique des résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies.

L’Union européenne au Proche-Orient : Géant économique et nain politique

Bien que l’Union européenne n’ait jamais joué un rôle de premier plan dans les négociations israélo-palestiniennes, elle a toujours affirmé son soutien à la solution à deux Etats. Face à une Autorité palestinienne affaiblie et supplantée par le Hamas, il semble que cette solution n’ait aujourd’hui plus aucune chance d’aboutir, faisant de l’UE un interlocuteur de peu de poids face au conflit. En effet, cette solution de sortie de conflit qui découpe la région en deux territoires distincts, offrant un Etat souverain à l’autorité palestinienne, n’est plus soutenue ni par le gouvernement israélien, ni par les populations palestiniennes. Les attaques du 7 octobre menées par le Hamas sur le territoire Israélien semblent enterrer un peu plus profondément la perspective du retour d’une solution à deux Etats. L’Union est pourtant un acteur économique de premier plan dans la région. Premier partenaire économique d’Israël et premier donateur d’aide à la Palestine, elle n’a manifestement pas su faire preuve d’un poids diplomatique à la hauteur de son poids économique dans la région, ou ,comme le disent plus simplement Nathan Brown et Dimitri Bouris “”. Cette importance des relations économiques entre l’Union et le Proche-Orient n’est pas nouvelle. Les premiers accords incarnant ces relations sont issus du processus de Barcelone mis en place en 1995 et qui crée un mécanisme de coopération économique entre l’Union européenne, le Maghreb et le Proche-Orient dont l’Autorité palestinienne et Israël font partie. Cette implication économique de l’Union n’a pas permis de créer un espace de négociations pour le grand conflit de la région. Le conflit israélo-palestinien a pourtant une influence importante sur l’échec du processus de Barcelone, selon l’historienne Maria Giannious, il existe une . L’incapacité de l’Union à parler d’une voix face à ce conflit est la raison principale de son influence limitée dans les négociations de sortie de conflit. Ses premières prises de position sur la question n’ont guère évolué depuis la déclaration de Venise qui date de 1980. Dans cette déclaration, les Communautés européennes affirment, d’une part, le droit à l’autodétermination du peuple palestinien et, d’autre part, le droit à la sécurité d’Israël. Bien que depuis cette époque, la situation au Proche-Orient ait évolué, les solutions proposées par le chef de la diplomatie européenne restent grandement similaires. Si les Etats membres ont des positions divergentes sur les solutions à adopter, les visages de l’Union européenne qu’incarnent Josep Borrell, Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères, et Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission, eux-mêmes ne s’accordent pas sur leurs points de vue face à cette situation. Pour rappel, en réaction aux attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas sur le territoire israéliens, la Présidente de la Commission européenne avait fait des déclarations qui avaient suscité des crispations auprès du chef de la diplomatie européenne Josep Borrell ainsi que du Président du Conseil Charles Michel, omettant notamment de rappeler à l’Etat d’Israël son obligation de respecter le droit international humanitaire.
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